Et José Mourinho débarqua à Manchester United. À la fois fin d’un feuilleton entamé en février 2004 lorsque Porto élimina les Red Devils de Sir Alex Ferguson en 8e de finale de Ligue des Champions (la véritable naissance de Mourinho aux yeux de la presse anglaise) et le début d’une nouvelle aventure emballante et très dangereuse pour le Special One. Car le Portugais est loin d’arriver en terrain conquis à Old Trafford. Certes, il bénéficie de l’appui de certains anciens glorieux devenus consultants (comme Paul Scholes) mais les quelques loupés de son passé récent (fin houleuse à Madrid et histoire écourtée à Chelsea) laissent une partie des supporters dubitatifs. Présente-t-il réellement le profil idoine pour relancer une équipe moribonde depuis 3 ans ?
Depuis son arrivée à Porto en 2002 (les Dragões étaient alors classés 5e), il a toujours pris en main une équipe qui avait terminé au pire 3e de son championnat. Avec MU, il récupère une formation qui peine à retrouver les sommets (7e en 2014, 4e en 2015 et 5e en 2016). Est-ce si dommageable pour Mourinho ? À chaque arrivée dans un club, muni de sa réputation de gagneur, il obtient presque toujours carte blanche sur le mercato. Chelsea en 2004 : Didier Drogba, Arjen Robben, Ricardo, Paulo Ferreira, Mateja Kezman, Alex, Petr Cech, Tiago (liste non exhaustive) ; et le Real Madrid 2010 : Mesut Özil, Sami Khedira, Angel Di Maria, Ricardo Carvalho. En 2008, son mercato estival est plus calme du côté de l’Inter Milan (Mancini et Quaresma en têtes d’affiche) mais il récupérait alors une formation triple championne en titre, avec une excellente dynamique. En 2013 à Chelsea, il estimait posséder un effectif suffisant (il recrute quand même Willian et Schürrle), qu’il renforcera surtout lors du mercato hivernal (Matic, Eto’o, Salah).
Son mercato sera observé de près
Il est déjà acquis qu’il pourra largement puiser dans les finances de Manchester United cet été. Déjà parce qu’elles lui permettent quelques folies. Ensuite, parce qu’il hérite d’un effectif qui a vécu trois années difficiles, ne parvenant pas à refaire de MU une place forte de la Premier League. Ainsi, malgré les 190 M€ dépensés en 2014 et les 147 M€ de 2015, la direction mancunienne est prête à satisfaire les exigences de Mourinho, qui a réclamé les arrivées d’un défenseur central, d’un milieu axial, d’un milieu droit et d’au moins un attaquant.
Depuis son passage à l’Inter Milan, l’entraîneur a souvent aimé s’appuyer sur quelques grognards dans chacun de ses clubs, des joueurs expérimentés capables de transmettre au mieux ses messages au reste de l’effectif. Quand ça se passe bien, cela débouche sur un triplé avec l’Inter et la bande Sneijder, Lucio, Cambiasso, Milito et Eto’o entre autres. Quand cela coince, cela ressemble à sa dernière saison particulièrement délicate au Real Madrid avec ses multiples clashes avec Iker Casillas. Soit Mourinho sublime ses joueurs, soit il les enterre. Qu’en sera-t-il avec Rooney et Schweinsteiger ?
Relancer le secteur offensif
À Manchester United, l’une des tâches du Portugais sera surtout de réanimer un jeu offensif en berne. En 2015-2016, MU a affiché le plus mauvais bilan de son histoire en Premier League en termes de buts avec seulement 49 réalisations (62 la saison précédente). Or, Mourinho n’est globalement pas réputé pour la qualité de son jeu offensif ? Réalité ou mythe qui lui colle à la peau ? Une chose est certaine, la défense est toujours la base de ses succès. Hormis lors de son passage au Real Madrid, il a toujours terminé avec la meilleure défense du championnat depuis qu’il a pris en main le FC Porto, et ce, même lors des saisons où il n’a pas terminé champion ! Au Real Madrid, sur 3 années, il a terminé 2 fois avec la meilleure attaque de Liga, pour une seule victoire au final.
Au-delà des statistiques, c’est l’expression collective de Mourinho qui est souvent remise en cause. Un jeu trop souvent stéréotypé, sans véritable idée collective hormis le replacement défensif. Souvent animé par des joueurs de grand talent, le secteur offensif des différentes équipes de Mourinho sait mettre en avant les qualités individuelles des attaquants. Benni McCarthy, Drogba, Ibrahimovic, Milito, Benzema et Diego Costa ont tous connu des saisons à 20 buts ou plus (en championnat) sous les ordres de Mourinho. Reste à savoir quel sera celui qui finira les actions du côté d’Old Trafford : Rooney, Martial, Rashford ou potentiellement Ibrahimovic ?
Quel avenir pour les jeunes pousses ?
Autre motif d’inquiétude chez une partie des supporters : la difficulté pour Mourinho de faire confiance aux jeunes. Une idée largement répandue, parfois à raison. Kevin De Bruyne et Romelu Lukaku sont par exemple deux victimes du Special One lors de son deuxième passage chez les Blues. Deux victimes qui brillent de mille feux respectivement à Manchester City et Everton. Lors de la saison 2009-2010, celle du triplé de l’Inter Milan, le troisième joueur le plus jeune du onze de départ était Maicon, alors âgé de 29 ans ! Pas de nature à rassurer les nombreuses jeunes pousses qui composent le large effectif mancunien.
Pourtant, il faut aussi rappeler que Mourinho a su obtenir certains succès avec des éléments loin d’être trentenaires. Son succès en Ligue des Champions avec le FC Porto l’a mis en évidence. Carlos Alberto n’avait que 19 ans quand il a été titularisé en finale face à Monaco, avec un but à la clé, ce qui a fait de lui le troisième plus jeune buteur de l’histoire en finale de la C1. Lors de son premier passage à Chelsea, il a intronisé Petr Cech (alors 22 ans) dans les buts, maintenu sa confiance au jeune John Terry (23 ans) et recruté Robben (20 ans). Des jeunes éléments comme Robert Huth et Glen Johnson avaient aussi profité du turnover durant la saison. Si la révélation Marcus Rashford doute des intentions de Mourinho à son égard, il pourra tenter de se rassurer en pensant à l’éclosion de Mario Balotelli à l’Inter Milan, favorisée par les plus de 70 apparitions offertes par le Special One.
Joisé Mourinho fait donc face à un immense défi, représenté par plusieurs objectifs différents : susciter la totale adhésion des supporters, s’offrir un mercato estival ciblé et réussi, redonner de l’allant au secteur offensif, encourager la progression des jeunes pépites qui avaient gagné leur place dans la rotation de Louis van Gaal et bien sûr jouer la gagne en Premier League. Un sacré programme en perspective !
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