Encore une Copa América ? Un an seulement après son édition chilienne, remportée par le pays hôte, le plus vieux tournoi au monde remet le couvert. La raison : il fête son centenaire, et la Conmebol, en collaboration avec la Concacaf, a décidé d'organiser une édition spéciale pour célébrer l'évènement. Pour l'occasion, cette Copa émigre ainsi pour la première fois en dehors du territoire sud-américain, et se tiendra aux Etats-Unis. Autre innovation : elle réunira seize équipes, au lien des douze participants habituels. Six sélections de la Concacaf ont ainsi été invitées : le Mexique, comme toujours depuis 1993, mais aussi, les Etats-Unis, le Costa-Rica, la Jamaïque, le Panama, et Haïti. Cette édition si spéciale pourrait toutefois préfigurer l'avenir de la Copa América, qui cesserait d'être intrinsèquement sud-américaine pour devenir un tournoi des Amériques. Une évolution qui pourrait en finir avec la faiblarde Gold Cup.
Messi enfin couronné ?
Cela commence à relever du marronnier. Au début de chaque tournoi international impliquant l'Argentine, on se demande si ce sera enfin la bonne pour Lionel Messi, l'homme qui a tout gagné avec le Barça, mais n'a toujours pas réussi à mettre fin à la disette de son pays, privé de trophée de poids depuis la Copa América 1993. Cette attente de près d'un quart de siècle, devenue presque insupportable pour le pays de Maradona, fait reposer une pression démentielle sur les épaules du meilleur joueur du monde, qui n'abordera pas la Copa dans des conditions idéales. Touché aux lombaires lors du premier match de préparation face au Honduras, vendredi dernier, le Barcelonais a été contraint de réaliser cette semaine un aller-retour express Etats-Unis-Espagne, pour comparaître dans le procès où il est accusé d'évasion fiscale. Conséquence : le meilleur joueur du monde ne retrouvera Mascherano et consorts que deux jours avant les débuts de l'Albiceleste, le 6 juin, face au Chili. Un match périlleux face au tenant du titre, son bourreau lors de la dernière finale de la Copa América. Reste que même avec un Messi n'ayant pas bénéficié d'une préparation optimale, et malgré les absences de Paulo Dybala et Carlos Tévez (choix de Gerardo Martino), l'Argentine dispose d'arguments offensifs incomparables avec ses Higuain, Agüero, et autres Di María. Mais là encore, la question revient comme un serpent de mer à l'abord de chaque tournoi : l'Albiceleste, qui reste sur deux finales (Coupe du Monde et Copa América), va-t-elle trouver la formule pour que le standing de ses prestations soit à la hauteur de son casting offensif cinq étoiles ?
Le Chili pour se succéder à lui-même
Tenant du titre, le Chili a décidé de se passer de Jorge Valdivia, son meneur de jeu exilé aux Emirats (Al-Whada), l'un des grands artisans du succès de la Roja, en 2015. Mais surtout, la Chili fera sans Jorge Sampaoli, le sélectionneur qui a perfectionné la formule Bielsa, pour donner au pays longiligne, le premier titre de son histoire. Après des semaines de tension avec ses dirigeants, le bonze argentin a officiellement démissionné en janvier. Son compatriote, Juan Antonio Pizzi, qui dirigeait León, au Mexique, et a brièvement entraîné le FC Valence, en 2014, a pris sa succession. Sous les ordres de cet ex-joueur du FC Barcelone qui a fait de l'Universidad Católica un champion du Chili en 2010, Vidal, Sanchez, et consorts, ont joué seulement deux matches officiels, dans le cadre des éliminatoires pour la Coupe du Monde : une défaite malheureuse, à domicile, face à l'Argentine (1-2), et un succès convaincant sur le terrain du Venezuela (1-4). Au-delà du bilan comptable, le Chili, aux automatismes bien huilés et toujours aussi hyperactif, ne semble pas avoir perdu le cap fixé par Sampaoli. Surtout, la Roja s'est débarrassée d'un immense complexe l'été dernier, en remportant son premier trophée. Dans le groupe de l'Argentine, du Panama, et de la Bolivie, le Chili sait désormais qu'il sait gagner, et ne peut qu'être considéré comme un sérieux prétendant à la victoire finale. On peut également classer dans cette catégorie l'Uruguay, le recordman de victoires en Copa América (15), un statut qui reste toutefois dépendant de l'évolution du bulletin de santé de Luis Suarez. Victime d'une blessure musculaire à la jambe droite lors de la finale de la Coupe du Roi, le Barcelonais ne devrait pas pouvoir débuter le tournoi avant le troisième match de poule.
James à la repêche
Sa saison madrilène a été cauchemardesque. Questionné par Rafa Benitez, mis de côté par Zidane, qui ne lui a pas fait jouer une minute de la finale de la Ligue des champions, le meilleur joueur du Mondial 2014 s'est toutefois montré plutôt à son aise lors de ses dernières prestations avec la Colombie. José Pekerman, le sélectionneur des cafeteros, s'est d'ailleurs fait son avocat à l'amorce de la préparation des cafeteros : «C'est un joueur fondamental pour la sélection, a-t-il assuré, ce qui lui arrive au Real est passager, beaucoup de choses fausses ont été dites à son sujet, mais c'est un grand professionnel, et nous sommes confiants quant à sa capacité à faire une grande Copa América». Alors, James va-t-il réussir à prouver qu'il peut redevenir ce qu'il a été et aider la Colombie, cet outsider, à réaliser un grand tournoi ?
Quid du Brésil sans Neymar ?
Mobilisé pour les Jeux Olympiques, le seul tournoi que n'a jamais gagné le Brésil, Neymar manquera cruellement à sa sélection, dont il est l'homme providentiel. La tâche de Dunga a toutefois pris des atours de mission impossible depuis le forfait de Douglas Costa (remplacé par Kaka), l'autre grand animateur de l'attaque brésilienne, ses derniers mois. La Seleçao devra aussi faire sans Thiago Silva, David Luiz, Oscar, ou Roberto Firmino, des choix polémiques du sélectionneur. On le voit, le panorama semble particulièrement sombre pour un Brésil éliminé piteusement l'an dernier par le Paraguay, dès les quarts de finale, et qui ne pointe qu'en sixième position des éliminatoires pour le Mondial 2018. Dans un groupe où il côtoiera Haïti, mais surtout, l'Equateur, convaincant deuxième des éliminatoires sud-américains, et le Pérou, demi-finaliste de la Copa, en 2015, le pire peut être craint pour le Brésil : une élimination au premier tour. A moins que la lumière ne finisse par surgir du néant pour la Seleçao ...
Le Mexique à domicile
Oui, la Copa América se disputera bien aux Etats-Unis, mais l'équipe la plus massivement supportée sera bien le Mexique. Car, sur le territoire américain, la communauté mexicaine, qui regrouperait près de 35 millions de personnes, forme le plus important contingent de supporters. Des preuves ? Le 28 mai, pour le premier match de préparation d'El Tri, face au Paraguay, ils étaient ainsi 63000 à avoir rempli le Georgia Dome d'Atlanta. Quatre jours plus tard, près de 70000 d'entre eux avaient saturé le stade Qualcomm des San Diego Chargers (NFL), pour un autre amical, face au Chili. Conscient des bénéfices financiers qu'ils peuvent tirer de ces fans émigrés capables de dépenser sans compter pour vivre un moment de communion nationale, les organisateurs n'ont d'ailleurs pas programmé par hasard les matches de poule d'El Tri dans des zones où l'on parle presque autant espagnol qu'anglais. Le Mexique, qui alignera son équipe-type, après avoir envoyé des équipes B lors des deux dernières Copa, débutera ainsi son tournoi à Phoenix, face à l'Uruguay, puis ce sera le Rose Bowl de Pasadena (Los Angeles) face à la Jamaïque, avant de conclure son premier tour à Houston, face au Venezuela. Invaincu depuis que le Colombien, Juan Carlos Osorio, en a pris les rênes en octobre dernier, le Mexique, habitué à triompher en territoire américain lors de la Gold Cup, saura-t-il profiter de cet avantage de jouer dans sa «deuxième maison» pour remporter sa première Copa América ? Et les USA, le véritable pays hôte, aura-t-il son mot à dire ? Réponses à partir du 3 juin, et le match d'ouverture entre Etats-Unis et Colombie.
Eurosport
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