Dans une interview dans L’Observateur de ce vendredi 23 février, le portier de 27 ans de Diambars revient sur ses déboires, dont un mal de dos mystérieux qui l’a éloigné des pelouses pendant plusieurs mois après son passage en Equipe nationale.
Ousmane, vous êtes plutôt discret depuis quelque temps. Comment expliquez-vous cela ?
C’est surtout à cause de mes blessures, parce que cela fait presque deux ans que je n’arrive pas à commencer la saison. C’est pourquoi je n’ai pas assez joué l’année dernière, mais seulement les matchs de Coupe. Malheureusement, on s’est fait éliminer en quarts de finale et c’est pour cela que les gens ne me voyaient pas beaucoup sur le terrain. Je m’étais blessé contre Dakar Sacré-Cœur pour une durée de trois mois, et le temps de revenir, cela m’a presque pris quatre à cinq mois.
Quelle était la nature de votre blessure ?
C’était une torsion du ligament latéral interne du genou. Pendant que les autres étaient en vacances, j’étais resté au centre pour travailler. J’avais parfois trois séances par jour pour renforcer le ligament.
Cela fait presque trois ans que vous n’êtes pas épargné par les problèmes physiques. Est-ce la même blessure ?
Non, ce n’est pas la même. L’année que je me suis blessé en Coupe, je n’ai pas beaucoup joué et je ne connaissais pas la cause. Je ne peux pas trop en parler, parce que c’était un choix de l’entraîneur, peut-être parce qu’il ne me voyait pas comme avant ou peut-être que je n’étais pas en forme. Mais à la fin, j’ai joué les matchs en championnat et en coupe.
Vous n’êtes plus le même joueur depuis votre passage en Equipe nationale. C’est dû à quoi, selon vous ?
Je ne sais pas, peut-être que c’est parce que je suis toujours au Sénégal et que les gens continuent de voir le même Ousmane Mané et pensent qu’un joueur qui ne part pas à l’étranger ne progresse pas.
Etre numéro 1 en Equipe nationale, un moment, et toujours joueur à Diambars, comment vivez-vous cette situation ?
Non, ce n’est pas du tout facile. Il y a des joueurs avec qui j’étais en sélection et partageais beaucoup de choses. Et là, je suis devant la télé à les regarder jouer, c’est un peu difficile. Cela a été dur et j’ai dû garder ça au fond de moi tout en continuant à bosser. Si je n’étais pas mentalement fort, personne ne parlerait plus de moi. Je continue à travailler parce que c’est le plus important. Je suis conscient de ce que je fais. J’ai aussi de bons encadreurs à Diambars qui me parlent souvent. Je sais que si je continue sur cette lancée, j’aurai quelque chose, Insha’Allah.
Il se susurre que vous avez été atteint mystiquement. Pouvez-vous le confirmer ?
Peut-être que oui et peut-être que non. Peut-être que oui, parce que j’ai eu beaucoup de blessures sans avoir un contact avec un adversaire ou être mal tombé. J’ai eu des douleurs à mon genou droit et je me suis mis à le traiter sans arriver à le soigner complètement. J’ai essayé avec une autre méthode (traditionnelle) et cela a fonctionné. Et trois mois après, j’ai commencé à avoir mal à l’autre genou (gauche). J’ai retenté la même chose.
Vous aviez aussi une grave blessure au dos…
Oui, c’est vrai. Un mois après la perte de ma mère, mon problème au dos est apparu sans que je n’aie eu aucun choc sur le terrain. Je n’arrivais pas à m’asseoir pendant 30 minutes. C’était difficile et sans un bon mental, ce n’est pas évident.
«Khadim Ndiaye m’a beaucoup aidé»
Il paraît que vous avez réussi à soigner votre mal de dos en vous rendant à Joal. Est-ce vrai ?
(Rire) C’est vrai, je suis parti jusqu’à Joal pour me soigner. Mais je ne peux pas parler de certaines choses, peut-être à cause de l’éducation que j’ai reçue, mais sachez que cela a été difficile. Pour un jeune qui venait d’arriver en Equipe nationale en y trouvant des gens qui ont connu la sélection avant vous, c’est un peu difficile. Le fait de voir un jeune venir prendre leur place… je ne peux pas entrer dans les détails. J’étais jeune et je ne comprenais pas la situation. Mais celui qui m’a beaucoup expliqué et continue de me prendre comme son petit frère, c’est Khadim Ndiaye. Il m’a beaucoup aidé et c’est quelqu’un à qui je tiens beaucoup.
A un moment, est-ce que vous n’avez pas eu envie de dire stop ?
A la fin du match face à la Côte d’Ivoire à Dakar, j’ai dit à Papiss Demba Cissé, dans le vestiaire : «Grand, il faut que j’arrête l’Equipe nationale.» Sur ce match, on a vu, à l’interne, des choses et on ne pouvait pas imaginer qu’un Sénégalais pouvait le faire à sa Nation. Mais ce sont des choses dont on ne peut pas parler parce que cela reste dans le secret du vestiaire et entre les joueurs. J’ai expliqué à Papiss et à Khadim ce qui m’arrivait. Par contre, cela ne m’a jamais traversé l’esprit d’arrêter le football.
Qu’est-ce qui vous fait toujours tenir ?
C’est l’entourage, la famille, les amis et aussi l’encadrement technique avec Boubacar Gadiaga, Oumar Diallo. Omar, il n’arrête pas de me pousser à aller de l’avant et à me faire croire que je peux revenir en Equipe nationale. Avec son expérience de gardien et d’ancien international, il m’aide beaucoup. Il a aussi vécu quelque chose de difficile en sélection et en lui parlant, j’ai le temps de voir venir pour que cela ne m’arrive pas.
Comment vivez-vous aussi votre situation au Sénégal après avoir effectué plusieurs tests en Europe ?
Cela échoue peut-être parce qu’il me manque quelque chose ou que mon profil n’intéresse pas les clubs, parce que c’est compliqué.
Pourquoi vous n’aviez pas signé en Norvège, il y a deux ans ?
Les expressions linguistiques sur le terrain et en dehors, c’était un peu compliqué et je n’ai pas pu signer à cause de cela. En 2012, j’étais aussi à Brest et on ne comprenait pas pourquoi je n’avais pas signé. En tout cas, je n’avais pas compris. Tout était presque OK, parce que le coach m’a dit : «Je vais te faire revenir et tu seras à côté d’Elana (Steeve) pour travailler et gagner un peu d’expérience.» Beaucoup de gens vont peut-être se dire que je pourrais partir, mais que Diambars me retient. Mais ce n’est pas le cas. Diambars n’a aucun intérêt à me garder ici.
Avez-vous gardé le contact avec les joueurs avec qui vous étiez en sélection, notamment chez les Olympiques ?
Bien sûr. Il y en a beaucoup d’entre eux qui m’appellent pour me demander de passer à l’hôtel, notamment mes frères avec qui j’étais à Diambars, comme Gana, Kara, Saliou Ciss, Adama Mbengue. Khadim Ndiaye m’appelle souvent pour me demander de venir et je passe parfois leur rendre visite. Avec Idrissa Gana Guèye, Pape Alioune Ndiaye, Pape Ndiaye Souaré et Saliou Ciss, on a intégré Diambars le même jour, sauf Kara qui est venu après. Je suis de la même promo que PAN et Souaré.
«Je continue à bosser tous les jours pour avoir un contrat à l’étranger et revenir en Equipe nationale»
Après avoir disputé les JO 2012, avez-vous des regrets de ne pas faire partie de cette génération qui s’est qualifiée pour la Coupe du Monde 2018 ?
Ce ne sont pas des regrets. Si ce n’était à cause de mes blessures ou d’un manque de compétition, peut-être que je serais là-bas. Que ce soit moi ou un autre, tout gardien sénégalais peut partir avec ce groupe.
Avez-vous encore l’espoir de revenir en Equipe nationale ?
Je pense que tout gardien qui a été en sélection et continue de jouer espère revenir. Si on continue de travailler, c’est pour avoir quelque chose. Je continue à bosser tous les jours pour avoir un contrat à l’étranger et revenir en Equipe nationale.
Comment voyez-vous aujourd’hui la pléiade de gardiens en Equipe nationale avant le Mondial ?
L’équipe est restée longtemps sans avoir un numéro 1 avant Abdoulaye Diallo. Mais je pense que ce sera difficile pour tout le monde, parce que chacun voudra intégrer l’équipe. Une Coupe du Monde, c’est autre chose. Pape Seydou Ndiaye a peut-être été victime d’un manque de compétition (lors du match à Ouagadougou), mais c’est un très bon gardien.
Comment expliquez-vous les difficultés de Diambars dans le championnat ?
C’est peut-être normal que Diambars soit sur une fin de cycle avec l’équipe pro. Mais presque tout a été changé et elle est en reconstruction et cela demande de la patience. Il faut donner du temps aux jeunes pour avoir l’expérience et d’intégrer le championnat. Ce n’est pas facile parce que nous sommes restés sur plusieurs matchs sans marquer de but et quiconque connaît Diambars sait que c’est une équipe qui avait l’habitude de mettre 3 ou 4 buts par match.
Ne pensez-vous pas que la situation est alarmante avec votre position de relégable après 13 journées ?
Non, je ne le pense pas, parce que les jeunes commencent à comprendre les réalités du championnat. La plupart n’étaient même pas avec l’équipe pro la saison dernière et c’est leur première année en Ligue 1. Cela va être difficile sur ce rythme, parce qu’ils sont confrontés à des joueurs expérimentés. Pour un jeune de 17 ou 18 ans, ce n’est pas facile, surtout que l’âge de maturité en Afrique n’est pas la même qu’en Europe.
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