Capitaine des Lions aux premières heures d’Aliou Cissé sur le banc de l’équipe du Sénégal, Lamine Sané a progressivement disparu de la Tanière. Le défenseur du Werder Brême (Bundesliga allemande) revient sur les vraies raisons de son absence à la dernière CAN. Il évoque aussi ses bisbilles avec les supporters de son ancien club, Bordeaux sans oublier ses perspectives avec le Werder.
Lamine, avez-vous suivi la dernière Coupe d’Afrique des Nations ?
Bien sûr. J’étais à fond derrière mon équipe nationale. Je trouve qu’il y avait un très bon potentiel dans l’équipe comme ça a été le cas durant ces dernières années. On a assisté à de très beaux matchs de l’équipe du Sénégal avec des belles prestations des gars. C’est vraiment dommage de n’avoir pas joué la demi-finale de la CAN-2017. Cette équipe du Cameroun nous attendait parce qu’elle a très vite compris que cette équipe du Sénégal était bien au dessus. Les Camerounais ont résisté aux assauts sénégalais et nous ont contraints à aller aux tirs au but. On sait très bien que les équipes sont toujours à 50-50 pendant la série des penaltys. Je n’ai qu’à féliciter les joueurs. Ils ont gagné tous leurs matchs à l’exception de celui contre l’Algérie qui n’avait pas d’enjeu d’ailleurs. Malheureusement, ce seul match perdu contre le Cameroun nous a été fatal.
Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette élimination ?
Le Sénégal a tout fait pour marquer au moins un but sur le terrain. Mais, il est toujours difficile de jouer contre une équipe qui attend, qui reste solide derrière. C’est aussi la stratégie de l’adversaire parce qu’il sait qu’il avait une certaine chance aux tirs au but. Il ne faut pas faire la fine bouche, il y a une très bonne dynamique dans cette équipe du Sénégal.
Pourquoi n’avez-vous pas été retenu sur la liste des 23 Lions après votre présélection ?
(Éclats de rires). Je l’ai expliqué plusieurs fois. J’avais un souci au genou depuis maintenant deux ans. Il y a beaucoup de gens qui ne voulaient pas l’entendre comme ça. Ils pensaient que c’était un refus d’aller jouer en équipe nationale. Personnellement, j’ai répondu présent à toutes les convocations que l’équipe nationale m’a adressée à chaque fois que j’étais valide. Vous savez, si un professionnel veut préserver sa carrière, il lui faut parfois faire des choix difficiles. Malheureusement, le mien est tombé sur la CAN. Je n’avais pas trop le choix. En son temps, je ne pouvais pas jouer trois matchs d’affilée. et cela peut même se vérifier au niveau de mon club au Werder Brême. Il m’est arrivé des moments où je ne m’entraînais pas toute la semaine. Le staff médical m’avait ménagé par rapport à mon genou. En accord avec le staff technique, ils m’ont concocté un plan de travail. J’ai expliqué plusieurs fois ma situation. Malheureusement, il y a eu des journaux qui ont dit des choses qu’ils ne maîtrisent pas. La vraie raison, c’était par rapport à ma santé. Là, petit à petit, je retrouve mes sensations.
Depuis 2015 vous n’avez pas joué plus de 3 matchs avec le Sénégal, comment l’expliquez-vous ?
C’est parce que j’étais souvent blessé. Mon état de santé ne me permettait pas de jouer convenablement. C’est le même cas en club où je n’étais pas souvent aligné pour cause de blessures.
Être capitaine des Lions et dire ouvertement que vous voulez rester à la disposition de votre club pendant que la sélection a besoin de vous…
(Il coupe). Bien sûr que c’est difficile. Je suis la première personne qui a eu mal quand j’ai su que je n’allais pas jouer la CAN. Avec cette équipe du Sénégal, on a commencé un projet alléchant. Et comprenez ma tristesse de ne pas pouvoir jouer une compétition aussi importante qu’une Coupe d’Afrique des Nations. Ça me fait mal de suivre les matchs du Sénégal à la télé, de ne pas pouvoir porter ce maillot que j’aime tant.
Prendrez-vous part aux deux prochains matchs amicaux que le Sénégal joue les 23 et 27 mars prochain contre la Côte d’ivoire et le Nigeria ?
C’est une bonne question. Mais, le choix appartient exclusivement au coach. Moi, comme je dis, je poursuis toujours mon chemin de mon côté. Maintenant tout dépendra de l’arrivée de la convocation.
Êtes-vous disponible pour revenir dans la tanière ?
Tout dépendra de mon état de santé. Parfois, il y a des semaines où ça va, parfois il y a des semaines où ça ne va pas du tout. Mais, on verra la faisabilité de tout cela. Mais comme je l’ai dit, mon retour doit être précédé d’abord par une convocation.
En avez-vous discuté avec le coordonnateur, Lamine DIATTA, ou le coach lui-même ?
Avec Lamine Diatta on discute tout le temps au téléphone. Mais on ne parle pas spécialement de l’équipe nationale. Mais encore une fois tout dépendra de mon état de santé.
Quel commentaire faites-vous de la décision de Mohamed DIAME d’arrêter sa carrière internationale ?
Momo est quelqu’un qui a beaucoup donné pour cette équipe nationale. Il est très généreux et bien respecté d’abord en tant que capitaine de l’équipe mais aussi en tant qu’être humain. Il est bien apprécié dans la Tanière parce que c’est un chef. Je l’ai eu un peu avant qu’il ne fasse sa déclaration. On en a discuté. Moi, je respecte le choix de tout le monde. Il a ses raisons. Personnellement, je suis fier de lui et je lui tire mon chapeau pour ce qu’il a fait pour la sélection.
Parlons de votre club, comment ça se passe au Werder Brême ?
Ça se passe très bien. Je suis arrivé en début de saison dans un club qui était en difficulté depuis quelques années déjà. J’ai retrouvé une équipe en reconstruction. Je me suis bien adapté à cette équipe. C’et vrai qu’en début de saison, nous avons eu du mal, mais on a su revenir avant la trêve. On avait mal démarré nos deux premières sorties avec le Bayern Munich et Dortmund. Là, on est bien revenu. Sur quatre matchs, on a eu 3 victoires et 1 match nul. On est très bien dans notre peau.
Qu’êtes vous allé chercher en Allemagne ?
J’ai connu un an et demi très compliqué à Bordeaux. Je n’ai pas pu jouer convenablement. Si je suis venu ici, c’est pour avoir un bon temps de jeu mais aussi le club a fait des efforts pour m’enrôler. Je suis super content de mon choix que je ne regrette pas du tout. J’avais des possibilités d’aller en Angleterre mais en Bundesliga aussi, il y a de très beaux stades et j’ai retrouvé le plaisir de jouer.
Vous étiez annoncé en Angleterre pendant l’été dernier. pourquoi ça ne s’est pas fait ?
(Éclats de rires). Ce sont les journaux qui m’annonçaient un peu partout. Mais, j’affirme que j’ai eu des touches en Angleterre, mais j’attendais qu’elles se concrétisent. Derrière, il y avait le Werder Brême qui s’était aligné. C’est un club historique qu’on ne peut absolument pas ignorer. La preuve, il m’a séduit et je n’ai pas hésité d’y aller d’autant plus qu’il n’y a pas mal de joueurs qui ont porté les couleurs de cette équipe là. J’ai tenté l’aventure et je ne le regrette pas.
Pourquoi votre transfert à Hull City a-t-il capoté ?
Avec Hull City, les négociations n’ont pas abouti. Vous savez, pour qu’il y ait transfert, il faut une offre et ensuite un retour. C’est vrai que j’étais dans l’expectative. C’est bien d’attendre mais je ne pouvais pas rester éternellement à attendre une offre qui n’était pas concrète. On a pris la décision d’aller à Werder. Parce que le temps pressait. On était à quelques jours de la fin du mercato estival. Avec mes conseillers, on a mis la sécurité en avant.
Quel est votre plus grand rêve en tant que footballeur ?
Mon rêve ? Ça y est. Je n’ai plus de rêve maintenant. J’ai bientôt 30 ans. L’essentiel pour moi c’est d’aider le Werder à atteindre ses objectifs. et je compte donner le meilleur de moi-même pour continuer de mériter la confiance de mes dirigeants et des supporters.
Êtes-vous satisfait de votre passage aux Girondins de Bordeaux ?
Bien sûr. J’ai passé de bons moments là-bas. J’y ai appris tous les fondamentaux du football et j’étais même passé capitaine de l’équipe. J’ai toujours ma famille là-bas. J’étais en de bons termes avec le staff du club et hors du terrain. J’entretiens de bonnes relations avec tout le monde. Bordeaux restera mon club de coeur.
Comment expliquez-vous cette guéguerre entre vous et les supporters ?
Je reconnais qu’il y avait une cassure en un moment donné. C’était un petit souci avec eux. Après ce fait là, je ne compte pas revenir en arrière. C’est dommage. À Bordeaux, je n’ai jamais triché. J’ai toujours donné le meilleur de moimême.
Ne pensez-vous pas être allé trop loin en donnant des coups de poing à un partenaire, Jérôme Prior en l’occurrence, dans les vestiaires ?
Franchement, ce n’est pas dans ma nature de me battre avec des coéquipiers. Ce qu’il s’est passé dans le vestiaire était un vrai incident. Ça fait presque 9 ans que je joue dans le haut niveau et personne n’a noté un écart de conduite dans ma carrière. Ça a été le premier incident dans lequel je suis impliqué. Je ne veux pas trop revenir là-dessus.
Avez-vous regretté votre comportement ?
Bien sûr et j’ai d’ailleurs présenté mes excuses aux joueurs. Parce que ce n’est pas professionnel. Mais, il faut aussi reconnaître que si j’en suis arrivé là, c’est parce qu’on m’a cherché aussi. On m’a poussé à bout. On me connaît bien au Sénégal, je n’ai jamais été mêlé dans ce genre d’histoires. Je suis quelqu’un de très sociable, positif et joyeux mais quand on me cherche on me trouve. Cette période là n’était pas le meilleur moment pour venir me chercher avec tout ce que je vivais au sein du club. Je pense que j’ai malheureusement craqué.
Nourrissez-vous des regrets de n’avoir pas quitté plus tôt la France ?
Avec le recul je dis bien que j’aurais pu quitter un peu plus tôt pour aller découvrir quelque chose ailleurs. Maintenant, c’est chose faite, on ne peut pas revenir en arrière. J’ai déjà tout assumé.
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